Si vous êtes « fiché » à la Banque nationale, obtenir un nouveau crédit personnel en Belgique est rarement possible tant que l’arriéré n’est pas remboursé. Ce n’est pas une politique commerciale : la loi oblige chaque prêteur à consulter la Centrale des crédits aux particuliers et, au-delà de 1 000 € d’impayés non remboursés sur un crédit à la consommation, elle lui interdit de conclure un nouveau contrat. La vraie question est donc souvent : comment sortir du fichage, et combien de temps cela prend-il ? Ce guide y répond, étape par étape.
| L’essentiel |
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D’abord, vérifiez ce qui est réellement enregistré à votre nom
Beaucoup de personnes se croient fichées sans l’être, ou l’inverse. Avant toute démarche, consultez vos données. C’est gratuit et c’est la seule façon de savoir quel crédit pose problème, pour quel montant et depuis quelle date.
- En ligne : sur le site de la BNB, avec un lecteur de carte d’identité électronique ou l’application itsme. Le résultat s’affiche directement et se télécharge en PDF (jusqu’à trois consultations par jour).
- Par courriel ou lettre signée, avec une copie recto verso de votre carte d’identité : la BNB envoie l’attestation par courrier.
- Aux guichets de la Banque nationale.
Sur l’attestation, repérez pour chaque contrat le prêteur, le montant de l’arriéré, la date du premier défaut et, le cas échéant, la date de régularisation. Ces trois informations déterminent tout le reste.
Une donnée est fausse ?
Adressez-vous au prêteur qui a déclaré l’information, pas à la BNB : la Banque nationale n’est pas habilitée à modifier elle-même les données. Si l’erreur est avérée, le prêteur doit la corriger. En cas de désaccord persistant, vous pouvez introduire une plainte motivée auprès de l’Inspection économique du SPF Économie (via le portail ConsumerConnect).
Quand un défaut de paiement est-il enregistré ?
Un simple jour de retard ne suffit pas. Selon la BNB, pour un prêt à tempérament ou une vente à tempérament, le défaut est enregistré notamment lorsque trois échéances n’ont pas été payées (ou l’ont été partiellement), lorsqu’une échéance reste impayée pendant trois mois, ou lorsque le solde est devenu immédiatement exigible. Pour une ouverture de crédit, l’enregistrement intervient notamment quand un montant échu n’est pas remboursé dans les trois mois, ou quand le montant dû n’est pas remboursé dans le mois qui suit l’expiration du délai de zérotage.
Le prêteur a huit jours ouvrables pour déclarer l’arriéré, et il doit aussi déclarer son remboursement.
Ce que le prêteur peut (ou ne peut pas) faire selon votre situation
Le Code de droit économique (livre VII) impose au prêteur d’évaluer rigoureusement votre solvabilité et de consulter la Centrale avant tout crédit. Il ne peut conclure le contrat que s’il peut raisonnablement estimer que vous serez en mesure de rembourser. Concrètement :
| Votre situation dans la Centrale | Conséquence pour une nouvelle demande |
|---|---|
| Arriéré remboursé (régularisé) | L’inscription reste visible 1 an. Le prêteur en tient compte dans son évaluation, mais la loi ne lui interdit pas de prêter. |
| Impayés non remboursés de 1 000 € ou moins | Un crédit reste légalement possible, mais le prêteur doit justifier sa décision par une motivation complémentaire dans votre dossier. En pratique, c’est rarement accepté. |
| Plus de 1 000 € d’impayés non remboursés (crédit à la consommation) | Interdiction légale : aucun prêteur ne peut conclure un nouveau contrat de crédit avec vous. |
| Règlement collectif de dettes en cours | Vous ne pouvez contracter aucune dette supplémentaire pendant la procédure. |
Si un prêteur refuse votre demande, il doit vous communiquer sans délai et sans frais le résultat de la consultation et les coordonnées du fichier consulté.
Sortir du fichage : le calendrier réel
Le fichage ne disparaît pas le jour où vous payez, ni « au bout de cinq ans » comme on le lit parfois. Les délais de conservation fixés par la BNB sont :
- après remboursement de l’arriéré : un an à partir de la date de régularisation ;
- sans remboursement : dix ans à partir de la date du premier défaut de paiement.
Exemple (dates fictives)
Hypothèse : premier défaut enregistré le 15 mars 2025.
- Si l’arriéré est entièrement remboursé le 15 octobre 2026, l’inscription est effacée au 15 octobre 2027.
- S’il n’est jamais remboursé, elle reste jusqu’au 15 mars 2035.
Régulariser, même tardivement, est donc presque toujours la voie la plus courte pour retrouver un accès normal au crédit. Et dès le remboursement, vous sortez de la situation d’interdiction légale décrite plus haut.
Plan d’action pour retrouver l’accès au crédit
- Faites le point : attestation de la Centrale, liste de toutes vos dettes (crédits, factures, dettes fiscales), revenus et charges du mois.
- Contactez le prêteur concerné rapidement : demandez un plan de paiement ou un étalement adapté à votre budget, et faites confirmer l’accord par écrit.
- Remboursez l’arriéré en priorité : c’est ce paiement qui déclenche le délai d’un an, et non la fin du contrat.
- Vérifiez la mise à jour : quelques semaines après le remboursement, consultez à nouveau la Centrale pour contrôler que la régularisation apparaît.
- Reconstruisez une marge : pendant l’année d’inscription, stabilisez votre budget et, si possible, constituez une petite réserve pour ne plus dépendre d’un crédit en cas d’imprévu.
Lorsque l’inscription a disparu, une nouvelle demande est évaluée comme toute autre : le prêteur analyse vos revenus, vos charges, vos personnes à charge et vos crédits en cours. Ne redemandez un prêt que si votre budget permet réellement d’absorber la mensualité.
Si les dettes sont trop lourdes : l’aide existe
La médiation de dettes amiable
Si le prêteur refuse un arrangement ou si vous avez plusieurs créanciers, un médiateur de dettes agréé (CPAS, certaines ASBL agréées, avocat, notaire…) peut négocier un plan de remboursement réaliste avec eux. Selon Wikifin (FSMA), l’intervention du CPAS est gratuite. L’Observatoire du crédit et de l’endettement publie une liste des services de médiation de dettes.
Le juge de paix
En cas d’échec des démarches amiables, le juge de paix peut, dans certains cas, accorder des facilités de paiement.
Le règlement collectif de dettes
En dernier recours, vous pouvez demander un règlement collectif de dettes au tribunal du travail. Un médiateur de dettes désigné établit un plan de remboursement. Pendant la procédure, aucune nouvelle dette n’est possible, et la procédure est elle-même enregistrée dans la Centrale. Ce n’est pas un moyen d’obtenir un crédit, mais une protection pour sortir durablement du surendettement.
Offres « crédit pour fichés » : les signaux d’alerte
Les personnes refusées par les banques sont une cible privilégiée des faux prêteurs. La FSMA met régulièrement en garde contre ces escroqueries. Soyez particulièrement vigilant si :
- l’offre promet un prêt « sans consultation de la Banque nationale » ou « même fiché » : un prêteur autorisé est légalement obligé de consulter la Centrale ;
- on vous demande de payer avant de recevoir l’argent (frais de dossier, assurance, « taxe », frais de déblocage) : une fois le paiement fait, le « prêteur » disparaît ;
- le contact arrive par les réseaux sociaux, WhatsApp ou un courriel non sollicité ;
- les conditions paraissent trop belles : gros montant, taux très bas, longue durée malgré votre situation ;
- quelqu’un propose, contre paiement, d’« effacer » votre fichage : seul le prêteur qui a déclaré une donnée erronée peut la corriger.
Avant tout engagement, vérifiez que l’entreprise figure parmi les prêteurs autorisés via le moteur de recherche de la FSMA, et consultez ses listes de sociétés signalées.
Les erreurs fréquentes
- Multiplier les demandes de crédit auprès de plusieurs prêteurs : chaque demande sera refusée pour la même raison, sans rien résoudre.
- Emprunter ailleurs pour rembourser l’arriéré : au-delà du risque d’escroquerie, une nouvelle dette aggrave le problème de départ.
- Attendre que le fichage « s’efface tout seul » : sans remboursement, le délai est de dix ans et la dette continue de courir.
- Cacher une dette au prêteur : le questionnaire de crédit doit être complété de manière exacte et complète, et la Centrale révélera de toute façon l’arriéré.
- Payer un intermédiaire promettant un « nettoyage » de votre dossier BNB.
Questions fréquentes
Un garant ou un co-emprunteur peut-il débloquer la situation ?
Pas si c’est vous qui empruntez : l’interdiction au-delà de 1 000 € d’impayés non remboursés concerne le consommateur fiché, quel que soit le garant. Le prêteur doit par ailleurs évaluer aussi la solvabilité de la personne qui se porte garante.
Le fichage concerne-t-il aussi le crédit hypothécaire ?
Oui : la Centrale enregistre les crédits à la consommation et les crédits hypothécaires contractés à des fins privées, ainsi que leurs défauts de paiement. Un prêteur hypothécaire verra donc l’inscription.
Un « mini-prêt » ou un prêt « sans justificatif » échappe-t-il à la consultation ?
Non. Ces formules restent des crédits soumis aux mêmes règles. Nous l’expliquons en détail dans nos guides sur le mini-prêt en Belgique et sur le prêt personnel « sans justificatif ».
Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Sources
- Banque nationale de Belgique, Tout savoir sur la CCP (délais de conservation, déclarations), glossaire (critères de défaut de paiement), Consulter la CCP et Corriger — consultés le 24 septembre 2026.
- Code de droit économique, livre VII, art. VII.69, VII.77 et VII.79 (Justel, version consolidée) — consulté le 24 septembre 2026.
- FSMA, Besoin d’argent rapidement ? Attention aux faux crédits — consulté le 24 septembre 2026.
- Wikifin (FSMA), Que faire si vous n’arrivez plus à rembourser votre crédit ? (mise à jour du 9 février 2026) — consulté le 24 septembre 2026.
- Observatoire du crédit et de l’endettement, Trouver un service de médiation de dettes — consulté le 24 septembre 2026.